Vist - Rémi Geffroy

Peut-être n'écoute-t-on pas Rémi Geffroy comme on le devrait... peut-être ne prend-on pas vraiment la pleine mesure de sa musique... Peut-être y a-t-il plus à écouter qu'on le soupçonne de prime abord. 
À l'occasion de son concert, donné jeudi 16 octobre à La Fabrique, sur le campus du Mirail, posons-nous la question : se peut-il que cette musique soit, en quelque sorte, une invitation à apprendre, apprendre à écouter ? 

Rémi Geffroy : la leçon de musique

Si vous avez la chance de connaître le travail de ce jeune prodige, vous savez à quel point son entrain (et -soyons honnêtes- son sourire charmeur) ont l'art et la manière d'éclairer une salle de cette joie communicative, qui est le propre d'une musique à la fois festive et de grande qualité. Il n'y a pas a tergiverser sur ce point : qu'il soit seul ou, comme ici, en trio, l'artiste sait y faire pour séduire son public. Ce n'est pas véritablement une surprise, dans la mesure où ses compositions puisent largement dans les musiques à danser de partout, à commencer par celles d'Occitanie. Et pourtant... Au-delà de cet aspect, ne devrait-on pas prêter une oreille plus attentive encore à cette musique ? 


Partant du principe que les choses sont généralement clivées, compartimentées, on aurait assez vite tendance à oublier que les catégories, loin d'être exclusives, peuvent se mêler, voire se mélanger. Il y aurait la musique "festive" ou "à danser" et une musique de plus grande qualité qui serait, elle, en quelque sorte "à écouter". Or, sous ses dehors de bal-trad (ce qui n'est en rien un jugement de valeur), il semble y avoir aussi autre chose dans la musique que nous offre Rémi Geffroy. Cette musique est, précisément, Entre-deux. D'abord, il y a l'accordéon diatonique. Cet instrument, d'un abord pas toujours facile, souvent victime de l'étiquette "guinguette" qui lui colle aux soufflets, est ici changeant, insaisissable. Se jouant des genres et des difficultés, il porte les mélodies et nous prend par la main, pour un voyage tantôt effréné, plongeant dans L'oeil du cyclone, tantôt mélancolique. Dans le trio d'Entre-deux, l'accordéon est en quelque sorte le peintre, les couleurs de fond et le dessin. La guitare elle aussi, se moque bien des genres et des idées toutes faites. Elle se joint au voyage, elle lui donne sa lumière : vive comme l'Andalousie et parfois aussi, légère et rêveuse. Quand la guitare semble devenir une harpe, qu'on en oublie qui est quoi, que l'on se met à suivre la musique, simplement, alors vraiment, on a pris un Nouveau départ. Cette toile musicale ne saurait être complète sans le violoncelle. Il cisèle les ombres, éclaire par touches et confère aux volumes tout leur relief. Lui est un instrument "sérieux", rien à voir avec les deux autres. Encore que... À n'en pas douter, il a quelque chose de grave ans sa voix quand c'est pour Elle. Mais que penser alors, du vent qu'il fait se lever, Un jour en Normandie ? Plus un seul code ne semble tenir...

 

Je n'aimais pas l'accordéon. Comme beaucoup je ne l'avais jamais entendu autrement que dans les musiques dites populaires, que je trouvais surtout redondantes et pas assez travaillées pour être belles. Le détour, je l'ai fait pour la première fois au cours d'un concert. Sur la petite scène d'un café-théâtre, Rémi Geffroy, Maxime Absous et Clément-Son Dang. Un accordéon diatonique, une guitare et un violoncelle. Des compositions travaillées, des interprètes passionnés : on voit difficilement comment des idées un peu trop arrêtées auraient pu résister. Pourtant, ma plus grande surprise restera sans doute, à l'écoute du disque, cette impression d'une toute autre musique, plus complexe et plus riche que je ne l'avais initialement décelé. 

Alors, que vous aimiez vibrer avec les musiciens depuis le public ou voyager en écoutant religieusement les enregistrements ; quelques soient votre goût et votre manière, il y a fort à parier que cette musique saura vous parler. 

 

 Aldric Hagège

Plus d'infos : 


Écrire commentaire

Commentaires : 1
  • #1

    Jean F. (jeudi, 12 février 2015 12:18)

    Petite coquille : "des idées un peut trop arrêtées" -> "Un peu trop".
    Sinon, merci pour cette découverte !